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Pour l’état-civil, elle se nomme Bukola Elemide, née en septembre 1982 à Paris où elle restera ses deux premières années. Mais au Nigeria, tout le monde l’appelle Asa (prononcez Asha), le « faucon » en yoruba. Trois lettres prémonitoires d’un destin. « Toute petite, je suis sortie de la maison et je me suis égarée. Mes parents se sont inquiétés, même si ce n’étais pas la première fois que je disparaissais. Cela a duré des heures. Tout le quartier me cherchait. Au moment où ils commencèrent sérieusement à imaginer ne plus jamais me revoir, je suis réapparue au bras d’une vieille femme qui m’avait trouvée en train de me balader à des kilomètres de là. Dans l'excitation qui a suivi, on m’a rebaptisée : Asa, parce que j’étais agitée et rapide, capable de changer très vite de direction, comme le faucon. »

Certes, mais avec une idée fixe en tête. « Je n’arrêtais pas de dire que je voulais devenir chanteuse. » A la maison, la musique est présente. Son père est fan de Fela, King Sunny Ade, Sade, tous les emblèmes de la musique nigériane. Sans oublier Marvin Gaye et Bob Marley. A treize ans, elle quitte Festac Town, le quartier de Lagos où elle a grandi, pour suivre sa scolarité à Jos, une ville située plus au nord, sur les plateaux nigérians. Elle va y rester cinq ans. Gardant toujours au fond de son cœur ce désir de musique, symbolisé par une guitare.

Et c’est en retournant à l’orée de ses 18 printemps à Lagos, qu’elle pourra l’exprimer pleinement. Après un an à l’université, section Théâtre, musique et arts, elle décide de rejoindre l’école de musique du fameux saxophoniste Peter King. « Jusque-là, je jouais de la guitare en autodidacte. Aborder la théorie m’a permis de réaliser plus d’ouverture quant à mes idées. » Asa aurait pu continuer, mais voilà, le « faucon » décide d’aller « se tester dans la rue et en concert. Rien de tel que d’affronter la réalité. » En solo, elle reprend alors du Bob Marley, « un auteur fétiche », du Nina Simone, « une voix surnaturelle ». Elle se compose surtout un répertoire encré dans la folk. Asa a tout juste 20 ans, et vit déjà, tant bien que mal, de cette voix à laquelle elle s’est toujours tenue.

Dès lors, tout va s’accélérer. « J’ai envoyé une cassette au début 2004 au programme Visa pour la création de l’Afaa, le département culturel du ministère des Affaires étrangères français. Je pensais que c’était une bouteille à la mer et qu’il n’y aurait aucun retour. Mais j’ai eu la chance que l’on entende mon message. » Elle décroche la timbale : un cycle de professionnalisation au cours duquel elle va croiser le route de nombreux « Africains » : Manu Dibango, Richard Bona, Daby Touré, Tony Allen, les Nubians… Soul, jazz, folk, afro-funk… Tous ceux-là raisonneront bientôt dans sa musique.

Forte de toutes ses expériences, sa personnalité s’affirme et s’affine. Le petit faucon peut déployer ses ailes. En 2006, elle décide de poser les bases d’un disque, en prenant le temps et le soin nécessaires, suivant une méthode où le feeling a beaucoup à jouer. Elle trace la mélodie, ajoute les paroles, puis les soumet à Cobhams Emmanuel Asuquo. Plus qu’un arrangeur de talent, ce jeune Lagotien, aveugle et multi-instrumentiste, est son alter ego. Depuis trois ans, ils forment une équipe. « Je donne l’impulsion et la direction, et lui ajoute ses couleurs. » Il a réalisé et coproduit cet album, co-écrit quelques titres aussi.

Qu’y découvre-t-on ? Les visions singulières d’une jeune femme bien de ce monde, c’est-à-dire aux horizons définitivement pluriels, irréductibles à un style. « La musique est un voyage sans fin. Plus j’avance, plus j’écoute toute sorte de styles. Mais je n’oublierai jamais mes racines africaines, qui sont le trait le plus emblématique de mon chant. », insiste celle que l’on a tôt comparée à Tracy Chapman, l’égérie folk dreadlockée. Sans réfuter les parallèles en tout genre, Asa en mesure vite les limites. « On me compare aussi à Erykah Badu ou Jill Scott. Je le prends à chaque fois comme un compliment, car j’ai beaucoup appris d’elles. Mais la première leçon que j’ai retenue de toutes, c’est de rester moi-même. » Avec toutes celles-là, elle partage le goût pour la sophistication qui rime avec conscientisation. Féministe ? « Non, juste moi-même. Ça me suffit. »

Ce sont de telles paroles que porte sa voix si douce, aux accents plus graves si nécessaire. Elle y évoque la guerre, la souffrance, la tristesse, l’amour et sa foi dans le monde aussi. « Je donne mon point de vue sur toutes les choses que j’ai vécues, bonnes ou mauvaises. Du ghetto à la fac. » Ses mots sur nos maux prennent d’autant plus de sens qu’ils sont servis par des mélodies qui, d’emblée, vous pénètrent de la tête au pied, en toute sensualité. En toute intimité. « Ma musique doit traduire les rêves et espoirs que j’ai. Quand on décide monter sur scène et de prendre la parole, il faut assumer ce rôle : être un modèle pour le public et transmettre des valeurs positives. » Voilà ce dont parlent les onze pièces de ce premier opus. « Chacune compose le puzzle de ma personnalité ». Tout comme ceux qui l’accompagnent résument la diversité à l’œuvre. Le flûtiste Magic Malik et un tapis de cordes cinématique, une batterie tout swing et des percussions en pointillés, de discrets beats r’b et deux guitares élégantes, un orgue Hammond au toucher funky et une basse gorgée de reggae…

Emblématique, le titre qui ouvre ce recueil. “Jailer” évoque « l’ironie de l’oppression pas seulement politique ou raciale, mais dans la vie de tous les jours. L’esclavage moderne prend beaucoup de formes. » Et pour mieux en souligner la portée, la mélodie s’appuie sur un contrepoint de délicats claviers et de cordes sensibles. Tout comme “Fire In The Mountain”, une métaphore où elle chemine du côté du reggae pour pointer les dérives qui guettent. « Il y a des choses qui se passent autour de nous et auxquelles nous ne prêtons pas attention. Cela commence par des petites flammes jusqu’au moment où ça brûle dans de telles proportions que l’on ne puisse plus éteindre l’incendie. » Elle y répond dans le thème qui suit, “Eye Adaba”, « la colombe » en yoruba. Un air de trois rien, une guitare tout acoustique et une voix fragile et gracile pour chanter l’espoir et la paix. Ces trois chansons au fort pouvoir de séduction résument l’état d’esprit de cet album gorgé de bonnes vibrations. « Je suis juste une chanteuse de soul qui a grandi avec toutes les musiques spirituelles. » Avec Asa, la musique, c’est aussi simple que cela.

Les dédicaces pour Asa :

  • laho53

    Date: 2013/06/09 12:15

    Bonne chance,pour la suite! toute ma famille et moi somme avec vous!

  • idrisstekou

    Date: 2012/07/01 23:43

    jaime ce que tu fais:un seul mot!continue dans la meme lancé.tu fais honneur a l²afrique a travers tes douces mélodies;Merci.

  • archer171

    Date: 2012/05/05 13:38

    fire in ouur mountain yess this is a song tank beautifull

  • nynha

    Date: 2012/04/05 17:04

    hi ASA, merveilleuse chanteuse que tu es! Je t'ai découverte il ya seulement 4 ans mais je te jure que ta musique est envoûtante. J'adore Bibanké,mister jailer,Bimpé enfin je veux dire toute ta musique. Parfois je rêve de chanter en duo avec toi ou de traduire tes chanson en Fang et de les chanter à mon tour. Je n'aie pas une voix comme la tienne mais avec tes chansons je m'imagine en Diva de la chanson. Tu transportes toute l'Afrique avec le son de ta voix I LOVE YOU et merci

  • alextsopna
    alextsopna

    Date: 2012/03/20 09:53

    ton style et la voix je kif dur je suis ... big up à toi.

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Love from the west coast! http://t.co/h4MVlza3Su

2013-06-06 22:09:08