Nous avons rencontré pour un entretien exclusif le rappeur Youssoupha qui nous parle de son dernier album intitulé Noir Désir, de son évolution artistique ainsi que sa vision du rap et de son rôle social...
Quels retours pour l'album Noir Désir?
Pour l'instant les retours sont vraiment bons, très positifs et j'en suis super content. En vrai, ce n'est pas quelque chose qu'on peut préparer ou anticiper. Je savais qu'il y avait de l'attente. Qui dit attente dit aussi risque de déception plus accru. Finalement, de manière générale je n'ai pas eu beaucoup de retours de déceptions. Les gens sont vite rentrés dans mon album et le paradoxe c'est que c'est mon album qui marche le plus alors que c'est le premier que je fais en indépendant.
Pourquoi Noir désir?
Je savais que cela pouvait susciter la curiosité mais ce n'est pas spécialement par rapport au groupe. Pas du tout. Même si c'est un groupe pour lequel j'ai beaucoup d'estime et de respect. Moi, je me suis inspiré de cette formule-là parce que je voulais que mon album parle d'amour, d'ambitions de rêves, d'envies... Et en même temps il y a toujours la culture africaine qui reste un élément central de mes discours. Je cherchais une formule qui allait combiner les deux et voilà cette formule-là a été validée et puis voilà l'état d'esprit avec lequel je suis parti dans cet album-là.
Toutes les critiques de l'album soulignent un "changement" (dans le bon sens chez vous). Qu'en est-il vraiment?
C'est vrai qu'il y du changement. De toute façon je l'assume complètement, il y a un titre qui s'appelle "j'ai changé" où je reviens sur ça. Déjà je pense que c'est les évolutions personnelles: la grande tournée que j'ai faite pour le précédent album m'a ouvert les yeux sur pas mal de choses, j'ai rencontré des gens différents, je suis sorti de mon carcan parisien et du coup j'ai pu être en contact direct avec les gens qui écoutent ma musique, qui viennent en concert pour me soutenir. Et puis je suis devenu papa aussi, je suis devenu trentenaire aussi... Voilà c'est des évolutions qui font qu'on ne peut pas faire comme si tout était comme avant. Je me suis laissé aller à cette évolution-là et ça m'a donné une nouvelle créativité. Parce que voilà je ne peux pas faire du rap comme quand j'avais 22 ans ou quand j'en avais 25.
Est-ce à dire que tu souhaites t'éloigner du "rap de rue"?
Ce n'est même pas que je souhaite m'en éloigner, je suis déjà loin de ça. Déjà je traine beaucoup moins en rue que quand j'avais 21 ans justement. Ce sont les fameux changements dont je parlais tout à l'heure. Grâce à Dieu il y a des choses qui ont bien marché dans ma carrière. Même si je n'habite pas encore dans le dix-septième arrondissement disons que j'ai une vie de père de famille qui fait que je ne traine plus dans un hall ou quoi que ce soit et je souhaite à tous les jeunes de mon quartier d'origine de pouvoir eux aussi s'en échapper. Mais moi j'ai été éduqué avec le rap de rue, c'est ce qui m'a inspiré et c'est de là que vient la créativité même du rap. Notorious B.I.G. c'est du rap de rue, le groupe
Lunatic c'est du rap de rue,
Ministère Amer. c'est du rap de rue... ce sont des références pour moi.
Que t'apporte la publication de l'album en dehors du circuit des majors?
Je ne regrette pas d'avoir publié les deux précédents albums en major company. Ca m'a permi de me faire un réseau, d'avoir une espèce d'assise. Ca m'a permis aussi de faire des erreurs dont j'ai retenu la leçon aujourd'hui. Je retiens juste en tête que chaque artiste doit avoir son modèle économique ou son modèle contractuel. La major c'est fait pour certains ou à un certain stade de la carrière ou pour d'autres ça peut être un peu plus compliqué, d'autres en ont besoin. Moi j'ai monté mon propre label, ça marche plutôt bien. On monte tellement de choses ensemble qui se passent bien, que ce soit la tournée, le disque...etc. Voilà on a décidé de tenter le coup et ça marche au-delà de nos espérances.
Vous citez des écrivains et des philosophes dans vos textes. Pensez-vous que cela apporte beaucoup à l'écriture dans le rap?
J'ai toujours di que j'étais je ne vais pas dire un homme de lettre mais disons que les auteurs les lettres en général ça m'a toujours fasciné, ça m'a toujours attiré... Par rapport à mon cursus scolaire j'ai quelques références qui ressortent de mes études. Les fait de les citer ne me rend pas meilleur rappeur ou ne me rend pas plus intelligent. Ca peut même être, si c'est jamais c'est faire pour faire du name dropping, snob et complètement creux. Si jamais je parle d'Apollinaire dans le morceau L'Amour c'est pour faire le parallèle avec
Iam. Si Apollinaire est un auteur créatif et fascinant,
Iam aussi à travers leur texte peuvent être fascinants. La comparaison a lieu d'être contrairement à ce qu'on pourrait penser a priori.
On vous retrouve plus apaisé certes. Mais vous restez virulent à propos de Zemmour dans "A force de le dire". L'affaire n'est pas close pour vous ?
En fait j'avais été mis en cause par Eric Zemmour et ses avocats suite à la chanson A force de le dire ou je disais: "Chaque fois que ça pète on dit que c'est nous. Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Eric Zemmour". Lui et ses avocats m'ont poursuivi pour menaces de mort et j'ai été condamné finalement pour injures publiques. Il n'y a pas eu de suite à la menace de mort. Je pense que le parquet a dû abandonner les poursuites parce qu'ils ont vu que c'était absurde. J'ai quand même été condamné pour injures publiques et j'ai décidé de faire appel. Est-ce que j'ai de la virulence pour Eric Zemmour? Ce passage-là oui j'avais de la virulence. Aujourd'hui j'ai du mépris pour lui parce qu'il dit des choses sur les banlieues, sur l'immigration, sur le rap avec lesquelles je ne suis pas d'accord. Quand il dit que les Noirs et les Arabes sont les principaux délinquants et que c'est normal de les contrôler plus que les autres, quand il dit que le rap est une sous-culture d'analphabètes... Ce sont des choses qui me blessent. Effectivement j'ai du mépris. Oui j'ai du mépris pour lui et je maintiens que ce qu'il dit-là c'est des conneries. Quand il dit ça il passe pour un con pour moi. C'est pour ça que je suis assez ferme et c'est pour ça que j'ai décidé de faire appel.
Vous avez dit dans une interview que le rap est la musique la plus traînée en justice. Comment expliquez-vous cela?
Quand le rap est en opposition avec une donnée institutionnelle on se dit tout de suite que c'est un appel au crime, un appel au meurtre... On est forcément des gens dans le délit. C'est ce qui crée cette mécanique de procès contre les rappeurs alors que nous ne sommes pas les premiers à lever des polémiques. Des gens très respectables l'ont fait avant nous, que ce soit
Renaud, Gainsbourg, Brassens... On remarquera qu'ils ne sont jamais poursuivis en justice. Ce sont des polémiques médiatiques mais même quand Gainsbourg chante Aux armes et cetera il ya une grosse polémique mais il n'est pas poursuivi en justice. Je ne dis pas que c'est bien qu'il soit poursuivi en justice, bien au contraire je respecte trop son œuvre et sa liberté d'expression. Juste qu'on arrête d'avoir une mécanique facile à vouloir condamner le rap surtout que dans les trois quarts voire les quatre cinquième des procès les rappeurs sont disculpés. Pourtant à chaque fois ce sont des procédures longues. Mais voilà je n'affirme rien de définitif mais cette particularité qu'a le rap d'être la seule musique qui soit autant poursuivie en justice en France mais fait avoir des doutes sur la manière dont on perçoit notre culture qui est le hip hop.
Que penses-tu du rap d'aujourd'hui?
Ce n'est pas ma période préférée. Malgré tout il y a quelques disques qui sont pas mal. J'ai bien aimé le dernier
Guizmo, j'ai bien aimé le dernier disque d'
Orelsan, j'ai bien aimé la mixtape de
Sam's qui est sortie cet été. Il y a de bons trucs et tout après... Comme je l'ai dit à mon entourage: j'aime le rap français quand il est dans sa diversité. Qu'il y ait un rap français avec que du
Youssoupha, du
Kery James, du
Medine... En vrai ça me saoule, ça m'ennuie un peu. Moi j'ai bien quand il est dans la diversité, quand il y a du
Sefyu, du
La Fouine, du
IamS,3015.html">D
Iam's, du
Sexion D'Assaut, du Casey. J'aime bien le rap français dans sa diversité. Malgré tout je trouve que là y a trop de clones. On traverse une période où il y trop de clones. Il y a le dix-millième clone de
La Fouine, dix-millième clone de
Rohff, dix-millième clone de Booba... En vrai quand il y a ce manque de créativité-là ça me parle un peu moins.
Entretien réalisé par Julien Leconte
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Date: 2013/02/21 22:14
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Date: 2012/03/16 10:33
slt Youssoupha!!!!!! moi c Mariame dit Naniss!! jaime bian ta manière de toffé!!!!!