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Emilie Simon, l'interview

Emilie Simon, l'interview
Nouvelle vie, nouvel album, nouvelle direction. Emilie Simon a pris confiance en elle en s'expatriant à New York où elle a composé The Big Machine attendu dans les bacs le 21 septembre. Un disque résolument moins aérien que les précédents où l'on découvre l'incroyable puissance vocale d'Emilie Simon qui évoque Kate Bush. Rencontre. Trois ans entre Végétal et The Big Machine ; que s'est-il passé ? J'ai déménagé, j'ai fait une pause, je me suis laissé du temps, j'ai vécu d'autres choses. Je suis partie à New York pour une expérience personnelle à la base, et puis finalement je me suis remise à la musique là-bas mais sans m'imposer un rythme de travail. J'ai pris le temps de vivre, de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux lieux, de nouveaux artistes, une nouvelle culture, une autre langue. Sur The Big Machine, ta voix est plus en avant que d'habitude. Pourquoi ? Je pense que c'est dû à la façon dont j'ai écrit l'album, seulement piano-voix. Je n'ai pas utilisé d'ordinateur pendant plus d'un an. Je me suis juste focalisée sur l'écriture sans jamais rien fixer sur ordinateur. Mes mélodies se sont ainsi développées. J'ai aussi acquis plus de maturité et ce changement de vie m'a donné envie d'exprimer d'autres choses. C'est bien de se dire que l'on a toujours quelque chose à développer. Quand j'ai écrit mes premiers albums, j'étais dans un cocon, dans mon petit studio, je n'avais pas plus de raisons que ça de m'énerver. Quand j'ai quitté la France, émotionnellement c'était intense, je n'avais plus de repères, j'étais obligée d'aller puiser dans des endroits où je n'avais jamais été. Si je peux encore surprendre après trois albums, c'est gagné. Faire des albums ce n'est pas une finalité en soi. Ton public va être surpris, y as-tu songé ? C'est moi à 100 %, je n'ai pas fait cet album en pensant aux réactions. Je pense que c'est comme ça que l'on fait du bon travail. En étant à l'écoute de ses instincts et surtout en étant en phase avec sa vie on crée de belles choses. J'ai exprimé ce qui était important pour moi sur le moment et cela a beaucoup suivi mon périple. Je suis partie toute seule, quasiment du jour au lendemain car en fait ce n'était pas prévu à l'avance. Je suis partie aux Etats-Unis au début juste pour prendre des vacances et finalement, j'ai prolongé mon séjour jusqu'au moment où je me suis dit que j'allais emménager car je passais plus de temps là-bas qu'en France. Humainement, ça m'a fait du bien. The Big Machine est plus organique que tes précédents disques, est-il plus simple à envisager sur scène ? Peut-être... Dès que l'on met de l'électronique, il y a des problèmes de restitution scénique car ce sont des sons que les producteurs travaillent sur des mois. Donc plus on va dans le côté électrique et acoustique, plus ces problèmes s'estompent. Maintenant, c'est toujours intéressant de passer du studio à la scène car cela oblige à faire une relecture des morceaux, l'idée ce n'est pas de restituer l'album. Big Machine est très énergique car pendant que j'écrivais mes morceaux, j'avais une résidence à New York. C'était un set up assez électronique, piano, sample, boîte à rythmes, mon bras nouvelle génération, mais sur l'album je ne l'utilise pas. As-tu écrit l'album seule ? J'écris la base et les textes, ensuite j'ai collaboré avec un écrivain anglais de nouvelles fantastiques, Graham Joyce, que j'ai rencontré quand je faisais partie du jury du Festival de Gerardmer. On est restés en contact et il m'a envoyé des textes. Le jour où j'ai reçu un de ses textes, j'étais en train de travailler sur une version de Fools Like Us, j'avais les couplets en français mais je n'avais pas les refrains et son texte collait parfaitement. Graham a aussi remanié pas mal de textes. Sur cet album, j'ai accepté tout ce qui arrivait quand cela me semblait intéressant, plutôt que vouloir tout faire seule. J'étais dans la démarche de prendre ce que la vie me proposait. C'est aussi pour ça qu'il y a deux morceaux où je chante un peu en français. J'ai aussi écrit une chanson avec Teitur (Rocket to the Moon). Tout le monde vient à New York avec un esprit d'ouverture et une grande disponibilité. Avant, je n'avais jamais coécrit. Et je n'ai jamais écrit aussi vite. Pour les musiciens, c'est riche, il y a plein de mouvements qui naissent là-bas, pleins de groupes, il y a une belle énergie. C'est quoi cette Big Machine ? C'est un questionnement sur le rapport entre le créateur et le monde qui l'entoure, source d'inspiration et articulé par de grosses machines, des choses parfois invisibles, parfois bien visibles. Il s'appelait déjà The Big Machine avant que je ne m'installe vraiment à New York. C'est vrai qu'après, "The Big Machine", peut évidemment évoquer la Grosse Pomme. Les machines, ce sont aussi mes ordinateurs qui ont été un outil d'indépendance artistique incroyable car je n'avais pas à faire de compromis. Maintenant, je fais confiance à des gens que je choisis. La ville t'a quand même inspirée... C'est clair, c'est mon album New York, la ville m'a donné beaucoup d'énergie. Par exemple, j'ai commencé à habiter Chinatown et c'est là-bas que j'ai écrit la chanson Chinatown. Rocket to the Moon, un titre plus léger par rapport à l'ensemble, évoque Broadway, le côté revue. Es-tu d'accord avec le premier single choisi ? Pour moi, ce sont tous des morceaux importants, on aurait tous pu me les proposer. Dreamland est quand même représentatif de l'album avec des synthés eigthies, mais tous faits maison, la batterie en avant, les mélodies. Mon chéri, c'est Rainbow... Tes dernières révélations musicales ?MGMT, qui synthétise bien le mouvement actuel, Au Revoir Simone, Team B, le projet de Kelly Pratt, le trompettiste d'Arcade Fire et de Beirut qui a travaillé sur l'album. J'ai découvert des artistes de toute la planète, notamment une Finlandaise, Ane Brun. C'est très bouillonnant, mais comme je suis sur la finalisation de l'album ça fait six mois que je ne sors pas. Propos recueillis par Emmanuelle Dreyfus


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