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Interview : "Rinôçérôse"

Pionnier de l'électro-rock, "Rinoçérôse", le duo formé par la bassiste Patrice Carrié et le guitariste Jean-Philippe Freu, revient quatre ans après Schizophonia, avec la suite logique, Futurinô, qui aligne les tubes. Rencontre avec des artistes en constante évolution. L'album est prêt depuis un an, pourquoi Futurinô ne sort que maintenant ? Qu'avez-vous fait depuis 2005 ? Jean-Philippe : Comme c'est une sortie internationale ce n'était pas facile à gérer sur tous les territoires. Ceux qui s'occupent de l'international en Angleterre n'étaient pas prêts. On est impatient d'aller le jouer sur scène. Mais on est un peu lent de toute façon, il faudrait qu'on accélère. Patou : Shizophonia est sorti en 2005 et entre temps on a sorti un best of au Etats-Unis et au japon, on a beaucoup tourné aussi. Jean-Philippe : Shizophonia a eu un accueil moyen, un peu mou. Six mois après la sortie il a été relancé gràce à la pub mondiale pour Apple. Du coup un label américain a sorti un best of avec les meilleurs morceaux de Shizophonia et les meilleurs morceaux du back-catalogue de "Rinôçérôse". Patou : Pendant ce temps on n'a pas composé. On n'y arrive pas quand on est sur la route, on a besoin d'être dans notre studio à Montpellier. Jean-Philippe : Quand tu penses aux Beatles qui faisaient deux albums et une tournée par an... Vous composez comment alors ?Patou : En fait, on compose très rapidement tous les deux. Mais pour finaliser les morceaux on fait appel à des producteurs de différents pays, c'est la phase qui prend beaucoup de temps. C'est très important d'avoir un producteur car il a une vision extérieure de ton morceau. Quels sont les producteurs qui ont participé à Futurinô ?Patou : Johnny Palumbo, avec qui on travaille depuis nos débuts à Montpellier, le duo suisse Shakedown (Seb K et Mandrax) qui a notamment fait Time Machine, le single choisi pour une pub Macdo ("Venez comme vous êtes"). Il y a aussi le duo italien The Bloody Beetroots qui commence à bien cartonner et aussi Alex Gopher. Pas de producteurs très connus... Patou : Tout comme avec les chanteurs on ne travaille qu'à l'émotion. On ne calcule pas nos collaborations. Fururinô qui est dans la même veine électro-rock que Shizophonia, c'est une suite ?Patou : On travaille par paire souvent. Il y a déjà eu le diptyque Installation sonore et Music kills Me. Un seul album ne nous suffit à pas à dire tout ce qu'on a envie de dire sur un thème précis. Là c'était la collaboration avec des featurings. On peut très bien revenir à l'instrumental. Justement, pour beaucoup "Rinôçérôse" c'était de la house instrumentale, d'où l'accueil frileux de Shizophonia... Patou : On savait que cela n'allait pas faire l'unanimité mais on n'avait pas envie de se répéter, on n'avait plus envie d'explorer de la house avec de la flûte. J-P : On sentait aussi que les utopies électroniques dans lesquelles on baignait au début étaient en train de disparaître. Musicalement les gens avaient fait le tour et puis nous avons toujours été outsider de la french touch et on sentait que cet esprit fondateur disparaissait, déjà dans Music Kills Me on commençait à le dire, on remettait du rock et on sentait qu'il fallait faire autre chose. C'était à l'époque où le rock revenait, les sons tendus de New York nous inspiraient et on a fait Shizophonia qui a d'abord été mal accueilli, car les gens attendaient des trucs sympas à la flûte. Finalement, c'est le morceau le plus violent de Shizophonia, Cubicle avec Bnann (le chanteur d'Infadels), qui est notre plus gros single à ce jour. C'est un morceau culte au Japon. Ce ne sont pas plus les Français qui ont été déroutés ? Patou : Globalement tout notre public l'a été. J-P : Le public espagnol qui est notre plus gros public en live, nous a suivi. Les Japonais nous ont découvert avec cet album, du coup nos anciens albums ont été réédités là-bas. Les Italiens ont pas mal suivi. Du côté allemand et français ce qui s'est passé c'est que le public a rajeuni. Patou : On est passé d'un public de 35 ans qui adorait la house avec les lecteurs des Inrocks et de Magic à un public de 15-25 ans car c'est le son qui leur plaît. On a toujours été dans l'électro-rock et on oscille entre les deux selon notre humeur et selon ce que l'on a envie de dire. Au début dans la french touch on était très rock et aujourd'hui dans la scène rock on est très électro. J-P : De toute façon la scène rock cela veut dire quoi ? Ce sont les groupes défendus par Philippe Manoeuvre , les petits jeunes avec perfecto qui ont 25 ans de moins que nous et qui font une musique qu'on a déjà entendue 3 000 fois ? C'est peut-être frais mais on n'a rien à voir avec ça. Nous sommes les pionniers de l'électro-rock, enfin on fait partie des gens qui font ça depuis le début. Notre source d'inspiration c'était les Primal Scream, les Happy Mondays, Killing Joke, des rockeurs qui faisaient appel à des DJ. Patou : En 1994, on faisait des reprises techno de Killing Joke ! C'est pour cela que vous durez encore ? J-P : On n'a pas trop fait de concessions aux tics de production d'une époque. On n'a jamais fait de house filtrée par exemple. Un morceau comme la Guitaristic house organisation qui est sur Installation sonore (1999), on le joue encore et c'est un morceau qui a toujours beaucoup d'impact sur le public parce qu'il est plus tendu à cause du riff de guitare. C'est devenu un petit classique indé. Pour votre nouveau spectacle vous avez collaboré avec les vidéastes et designers Electronic Shadow ? Comment les avez-vous rencontrés ? Patou : On les a rencontrés suite au spectacle qu'ils ont fait avec la chorégraphe Carolyn Carlson. On avait envie d'une vraie collaboration alors ils ont fait la pochette, le site, la scénographie du spectacle. Ils ont tout fait car on voulait une cohérence esthétique. J-P : Ils se sont bien éclatés car le monde du rock et de la musique, c'était nouveau pour eux par rapport à la danse contemporaine. C'était de l'exploration. Mais ils se sont aussi rendus compte que c'était un monde difficile avec beaucoup d'exigences et peu de moyens. Votre bande-son ? J-P : On revient souvent au funk, pas comme influence directe mais parce que c'est une musique qu'on aime, qui donne une bonne vibe. Sinon il y a les classiques rock et les coups de coeur du moment. Il y a eu les Klaxons, les MGMT. En ce moment on est fan de Cut Copy chez Modular. Passion Pit est le dernier grand coup de coeur de Patou. Finalement on aime ce côté optimiste. En électro, on aime tellement de choses... on aime bien jouer Sebastian. Recueillis par Emmanuelle Dreyfus Futurinô est disponible depuis le 8 juin (Polydor/Universal)Toutes les dates de concerts et des extraits de Futurinô sont sur le MySpace de "Rinoçérôse" .
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