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Music All : l'interview

Le label Black Stamp Music a vu grand : il vient de sortir un album intitulé Music All dans lequel dix artistes, musiciens ou chanteurs de tous horizons ont collaboré pour honorer la culture hip-hop. Rencontre avec Sidney Regal, l'un des fondateurs du label, Karl the Voice, Mihuma, Khondo, trois des chanteurs du projet, et Michel Alibo, l'un des musiciens, pour tenter d'en savoir plus sur la genèse de ce disque. Comment est né Music All et Black Stamp ? Sidney Regal : Black Stamp Music est un label, une société de production musicale créée en 2006 par Mickael Minacca, gérant et producteur, et moi-même. Le but était d'imprimer notre marque de fabrique en ayant comme base des musiciens d'exception. Une fois qu'on avait défini le son qu'on voulait globalement, on s'est dit qu'on allait donner aux artistes un son estampillé Black Stamp, débridé, esthétique, musical et en même temps accessible à tout le monde. C'est pour ça qu'on retrouve cette brochette de 10 MC's et deux chanteurs sur le disque. On voulait sortir des sentiers battus et être conceptuel. Les musiciens se connaissaient-ils avant de collaborer? Sidney Régal : Ils se connaissaient tous mais venaient d'univers différents. Certains sont spécialistes de jazz rock, d'autres sont plus reggae, etc. Au final, c'est un melting pot musical qui donne la marque de fabrique Black Stamp. Le fait d'arriver avec un projet commun à dix dans un contexte artistique où l'industrie du disque est difficile ne vous a pas fait un peu peur ?Mihuma : En fait, il n'y a pas eu de limitation parce qu'à la base, Sidney et Michael ne viennent pas du tout de l'industrie du disque. Ce sont juste deux DJ's qui veulent réunir des gens pour le plaisir. Ils ont foncé sans calculer financièrement, un peu à la manière des joueurs de poker, au bluff. Étant donné le nombre important d'intervenants dans cet album, la composition et l'enregistrement ont dû prendre pas mal de temps... Sidney Régal : Cela a pris trois ans. Au début, il y a eu deux réalisateurs, Johan Dalgaard et Stéfane Goldman avec lesquels Mike et moi avons travaillé. On avait beaucoup d'idées, on réunissait des pré-prod, etc. On s'est aperçu que ces pré-prod réinterprétées par une équipe d'illuminés pouvaient donner quelque chose de grandiose. On a donc fait appel à tous ces gens. Michel Alibo: Certaines choses ont aussi été écrites sur l'instant, en studio.Sidney Régal : Oui, effectivement, les intervenants, ces illuminés, ont tous composé ensemble instinctivement autour des prises. Cet album peut-il être considéré comme un disque propre à chacun des intervenants ou est-il davantage celui d'un collectif, d'une équipe ? Mihuma : Personne dans ce projet ne s'est renié et les producteurs n'ont pas dit à qui que ce soit ce qu'on attendait de lui. Ils attendaient juste qu'on soit nous-mêmes. Kohndo : Je pense que tu peux presque voir ce projet comme un grand film, comme une superproduction américaine : au départ tu as un script, un scénario, un peu comme ces films à la Ocean Eleven où tu as un beau casting avec des acteurs qui ont chacun leur particularité, mais avec un scénario très clair et un bon réalisateur. Le tout fait qu'à la fin tout devient assez puissant. Donc dans Music All, les producteurs et réalisateurs avaient un certain plan mais, comme dans un film, les intervenants viennent pour leurs scènes. Ce qui est puissant, ce sont ces moments où tu regardes l'autre faire sa scène. Tu as ton propre savoir-faire mais le plus intéressant c'est d'apprendre celui des autres. L'idée n'était pas de se mettre soi-même en avant mais de faire quelque chose pour la réussite d'un morceau et du projet. Cela a été un album conçu sur la confiance et des énergies positives. Music All, est-ce aussi une manière d'englober la musique au sens large sans passer par des styles et des paroisses ? Karl The Voice : Le fait d'appeler ce projet Music All sans le "h" résume bien la globalité du projet, il est ouvert sur toutes les musiques. L'esthétique de ce disque est d'ailleurs plus ancrée dans l'esprit Music Hall en général que dans la vision simplifiée que l'on peut avoir du rap. Mihuma : C'est aussi un projet alternatif à sa façon dans le sens où il vient s'installer à côté de ce qui se fait dans le rap. Kohndo : En gros, ce projet permet de dire que dans la musique et dans le rap en particulier, il reste encore beaucoup de choses à faire et beaucoup de terrains à défricher. On est encore dans un endroit où l'on peut laisser parler sa créativité à tous les niveaux. Cet album peut-il permettre aux amateurs de rap de s'ouvrir à d'autres musiques ? Karl The Voice : Ce projet sert déjà à sortir un peu des clichés et du rap particulièrement. C'était bien de montrer que dans la culture hip-hop, il y a une certaine élégance. Cette culture s'inscrit quand même dans une histoire musicale. Le problème est toujours le même : on a toujours dissocié les genres musicaux pour les associer à des phénomènes de mode. A partir du moment où l'on entre dans ces phénomènes, on s'acculture quelque part. Pour moi, le hip-hop n'est jamais que la suite logique de tout ce que j'ai aimé avant et de tout ce que j'aime aujourd'hui, comme l'électro ou la house par exemple. Nous ne sommes jamais que les représentants de notre culture. J'ai l'impression de venir de toutes ces musiques en même temps. Ce que j'aime dans cet album, c'est qu'il y a à boire et à manger pour tout le monde et qu'il peut permettre à des gens d'aller écouter plein de choses qu'ils n'étaient pas forcément enclins à écouter habituellement. Vous avez mixé et masterisé cet album à Los Angeles. Pourquoi pas en France ? Sidney Régal : Oui, on l'a mixé et masterisé avec le Français Russel Elevado car on a voulu que le son ait une finesse, quelque chose de cristallin en lui. Il fallait que l'album passe entre les mains d'un expert en la matière. On avait essayé de le mixer en France mais la plupart des ingés son m'ont répondu : "Moi je ne m'engage pas". Kohndo : En France, il y a plein de talents, mais pour les développer, ce n'est pas chez nous que cela se passe. Michel Alibo : Notre but a simplement été de faire un produit qui soit compétitif, d'avoir une production à la hauteur de ce qu'on a fait. Propos recueillis par Emeline Marceau
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